Le pont du Gard n’a pas livré tous ces secrets

Le pont du Gard n’a pas livré tous ces secrets
Épisode précédent : La place Saint Louis d'Aigues-Mortes

La dernière et unique fois que j’avais visité le pond du Gard, c’était il y plus de 25 ans, alors que j’étais au CM2 et depuis, je n’y étais pas retournée.

Et puis tout récemment, j’ai eu l’opportunité de retourner le voir, de le redécouvrir au travers d’une visite guidée organisée dans le cadre du Festival international de tango argentin de Nîmes dont il est coutume qu’une des milongas se tienne sur le site du pont du Gard.

Si le pont du Gard est un ouvrage à la renommée internationale, ses 275 m ne représentent qu’une infime partie d’un ouvrage bien plus ambitieux : un aqueduc d’une cinquantaine de kilomètres reliant Uzès à Nîmes et permettant d’alimenter cette dernière avec les eaux provenant de la source d’Eure. A Nîmes, cette canalisation débouche au castellum.

Cette canalisation était souterraine sur 90 % de son parcours, notamment pour en préserver la fraîcheur, et les 10 % restant sont constitués de 19 éléments aériens – adaptés au franchissement d’obstacles naturels – qu’il est possible de découvrir en parcourant un sentier de découverte balisé.

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Si, à vol d’oiseau, les villes de Nîmes et d’Uzès ne sont distantes que d’une vingtaine de kilomètres, l’aqueduc emprunte en fait un parcours sinueux lui permettant de suivre une ligne de niveau qui garantissait à l’ouvrage une déclivité d’une régularité exceptionnelle sur l’ensemble de son tracé. Ainsi, la pente moyenne est de 25 cm par kilomètre, ce qui permettait à l’eau de s’écouler de manière maitrisée par le simple effet de la gravité et de parcourir l’ensemble de son tracé en 1 journée. C’est le premier mystère qui entoure encore la conception du pont du Gard : de quels moyens/techniques/expertise disposaient les Romains pour réussir ce tour de force ?

Construit en seulement 5 ans, au 1er siècle après J.C. – sous le règne de Claude ou de Néron – tout comme les arênes de Nîmes et la maison carrée, l’aqueduc témoigne de l’importance et du prestige que pouvait avoir Nemausus – Nîmes – au sein de l’empire romain.

Le pont du Gard est le seul aqueduc à 3 niveaux connu du monde romain. Il a certes connu quelques dégradations, notamment la perte de 12 de ses arches du niveau supérieur ayant servi de carrière pour des constructions alentours ; la longueur initiale de l’aqueduc était donc de 360 m. Il présente toutefois un état de conservation remarquable car très vite, la population alentours a vu en lui le moyen de traverser le Gardon et a donc contribuer à le préserver. Ainsi, dès le XIVème siècle, un 1er pont routier – puisqu’il ne s’agissait jusqu’ici QUE d’un aqueduc – a été aménagé pour relier Uzès à Beaucaire. Les piles du pont du 2nd niveau ont ainsi été échancrées pour faire de la place aux charrettes, fragilisant ainsi la structure du pont romain. Au XVIIIème siècle, Les Etats du Languedoc, soucieux de consolider l’ouvrage, mandatent l’ingénieur Pitot, originaire d’Aramon et concepteur des arceaux de Montpellier et de la fameuse sonde Pitot encore utilisée aujourd’hui en aéronautique, de cette mission. Il opte pour l’édification d’un pont routier accolé au pont du Gard au 1er niveau. C’est aujourd’hui par ce pont Pitot, rendu pédestre depuis, que l’on peut aussi découvrir l’aqueduc.

Le pont du Gard a été classé Monument Historique en 1840 et au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1985.

Une fois au pied du pont-aqueduc, en observant son profil, on constate une légère courbe. Or, ingénieurs et architectes s’accordent à dire qu’il n’y a aucune raison pour que les Romains l’aient conçu incurvé. Il aurait donc été construit suivant un tracé rectiligne et aurait subi cette déformation à postériori, mais on ignore encore quel facteur extérieur en est à l’origine : travail de la pierre face aux intempéries, éventuel tremblement de terre, … ? C’est le 2nd mystère que pont du Gard.

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A cet instant de a visite, les voûtes constituent autant de belles fenêtres ouvertes sur le paysage situé derrière.

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Pour atteindre le niveau supérieur et circuler dans la canalisation, il faut emprunter un escalier qui nous mène à son entrée, ou plutôt sa sortie puisque la visite ce fait en remontant le cours de l’eau. Dans la canalisation, la pierre était couverte d’un après contribuant à l’étanchéité et à la consolidation de la structure. Il était ensuite recouvert d’un enduit rouge destiné à servir de repère aux hommes chargés d’entretenir la conduite et notamment d’enlever la couche de calcaire qui ne manquait pas de se déposer au fil du temps. En effet, d’une largeur constante d’1,35 m, cette canalisation a servit pendant près de 5 siècles. Ainsi, l’entretien commença à faire défaut dès le IVème siècle. On estime ainsi que les dépôts calcaires auraient occupé les 2/3 voire même parfois les 3/4 de la largeur de la conduite, de sorte qu’au VIème siècle, elle aurait totalement cessé de fonctionner.

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Quoi qu’il en soit, la conduite était dimensionnée pour permettre aux hommes chargés de son entretien d’y circuler ; les eaux étaient alors déviées dans un bassin situé en amont ce qui avait ainsi pour effet d’ !@#$%^&*écher le pont du Gard. On peut donc nous aussi y marcher debout, même si le plafond s’avère bien proche de nos crânes. De là-haut, la vue sur le Gardon est magnifique !

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Les pierres ayant servi à sa construction et à celle du pont Pitot ont été extraites de la carrière de l’Estel, à 600 m en aval du pont. Les archéologues sont parvenus à identifier les 2 fronts de taille. Les Romains marquaient les pierres dès leur taille de sorte que leur destination sur le chantier était connu avant même de quitter la carrière.

Elles étaient ensuite acheminées au pied du pont par voies terrestres et navigables puisque la crue mémorable de 2002, en lessivant les berges du Gardon, a permis de mettre à jour des traces/empreintes dans la roche témoignant de l’implantation d’un système de poulies/treuil actionnant des barges sur lesquelles étaient posées les pierres.

La visite a ainsi duré une bonne 1/2 heure. Le retour s’est effectué par le pont Pitot depuis lequel nous avons mieux pu observer les pierres saillantes positionnées un peu partout sur les faces du pont. Il s’agissait en fait de pierre ayant servi à supporter les échafaudages, laissées en place par les Romains pour faciliter d’éventuelles interventions futures sur la structure.

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Je ne peux que vous recommander chaudement cette visite car en plus de constituer un site d’une beauté exceptionnelle et d’un intérêt historique évident, le pont du Gard témoigne de l’extraordinaire maitrise de l’eau dont avaient fait preuve les Romains.

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Infos pratiques :
400 route du Pont du Gard - 30210 Vers-Pont-du-Gard
Ouvert tous les jours ; horaires variables selon la saison
Divers tarifs en vigueur selon le mode de transport utilisé pour vous rendre sur le site
Gratuité pour les Gardois dont la commune a signé une convention avec le site ; se rapprocher de sa mairie pour en savoir plus
Site web : http://www.pontdugard.fr/fr

Cet article est référencé sur Journal de voyage sous les thèmes : France, Languedoc-Roussillon, Gard, Vers-Pont-du-Gard, pont, aqueduc, vestiges romains

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About LadyMilonguera

Au départ simple blogueuse culinaire, c'est l'amour des voyages et de l'écriture qui m'a conduite à lancer ce blog voyages. Avec mon homme ou en famille, j'aime découvrir d'autres villes, d'autres pays, qu'ils soient tout à côté ou à des centaines/milliers de kilomètres. Et une fois rentrée, je partage avec vous mes impressions, mes conseils, mes expériences...

4 comments

  1. août 17th, 2015 14:23

    Les romains avaient vraiment tout prévu avec beaucoup d’ingéniosité ! Merci pour cette découverte approfondie car je ne me suis contentée que d’une visite courte il y a quelques années. Belle semaine bises
    Petitgris Articles récents..Le sourire du jour # 421My Profile

    Reply

  2. août 17th, 2015 17:55

    J’ai toujours été impressionnée par l’architecture romaine (et grecque d’ailleurs) et leur savoir-faire. Surtout quand on voit la régression qu’il y a eu au Moyen-Âge!
    Le pont du Gard est le parfait exemple de l’ingéniosité antique. Un bien bel édifice qui n’a pas encore montré tous ses secrets.
    Valérie@EnvieVoyages Articles récents..Quelles sont les visites incontournables à Bruxelles?My Profile

    Reply

  3. octobre 21st, 2015 22:15

    J’aime beaucoup cet endroit, idéal pour se rafraichir lors des étés bien chaud et la vue est très chouette.
    En revanche je n’ai jamais fait la visite et je trouve ton article très intéressant. Les Romains étaient quand même hyper ingénieux.
    Camille Articles récents..[Canada] Chutes du NiagaraMy Profile

    Reply

    • octobre 21st, 2015 23:04

      Ils étaient vraiment de formidables bâtisseurs !

      Reply

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